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COMMUNIQUÉ DE PRESSE         SAMEDI, LE 18 OCTOBRE, 2008 RETOUR

Dans ses photographies et ses vidéos, Vincent Lafrance contredit les attentes de base que nous avons pour ces médiums : ses photos évoquent une temporalité et semblent nous informer, par l’immobilité de l’image, de ce qui précède le déclic et ce qui inévitablement le suit. Dans ses vidéos, nous sommes confrontés à la réalité improvisée alors qu’elle se déroule devant la caméra.Sans être un symboliste, Lafrance déforme le temps et l’espace de façon relativiste. C'est en partie grâce à l’utilisation de la mise en scène et sa maîtrise instinctive quant au choix d’appuyer sur le déclencheur. Dans cette suite d'images, tout ce qui relève de l’exploration du quotidien est converti en nature morte: une goutte d’eau, l’explosion d'un feux d’artifice, la lumière en soi.

La nature morte a attiré beaucoup d’artistes au cours des derniers siècles pour deux raisons : premièrement, en demeurant immobile, elle donnait à l’artiste tout le temps nécessaire à l’exploration formelle. Ce temps permettait à l’artiste de fixer le sujet et de mettre l’emphase sur les détails, un luxe dont ne pouvait se payer le peintre utilisant des modèles vivants. Deuxièmement, le sujet est devenu flatteur pour l’auditoire lorsqu’il a connu ses moments de gloire au XVIIe siècle. La nature morte s’est édifiée et justifiée à travers son symbolisme, rejoignant le nouveau mode de vie urbain et mercantile de son auditoire naissant. La problématique était de savoir comment élever ce genre, surtout au début du XIXe siècle, la nature morte était un mode d’expression mineur, moins considérable que les autres sujets dans la hiérarchie des genres. Présente et évoluant à travers chaque siècle, la nature morte est, en rétrospective, un genre majeur.

Dans les œuvres de Lafrance, la nature morte ne repose pas sur la glorification de jeu, de livres ou d’ustensiles de cuisine. Il s’agit plutôt d’un ensemble rigoureux affirmant que le mouvement et le changement peuvent être expliqué, peut-être seulement entrevu, par l’immobilité. L’acuité et les idées du jeune photographe gonflent la nature morte et nous révèlent de surprenantes vérités. Comme pour la science où le minuscule peut être aussi significatif que l’incommensurablement grand, il en est de même pour l’art de notre époque où il n’y a aucune certitude idéale ou littérale. Cette expérience artistique offre un passage entre l’étonnement et la banalité, ainsi nous perdons étrangement notre pouvoir de reconnaître les objets qui nous sont familiers. Il est possible de douter et de savoir simultanément, guidé par l’artiste au travers de ses œuvres illuminées, candides et perspicaces.